Agent de sûreté aéroportuaire : comprendre les typologies T1 à T10
Inspection-filtrage des passagers, contrôle des bagages de soute, du fret, des véhicules… Derrière l'agent de sûreté aéroportuaire (ASA) se cache une grille de typologies de certification souvent mal comprise — et un double agrément CNAPS + DGAC unique en sécurité privée. Beaucoup de dirigeants parlent d'agents « B et D » ou « ASRA » : voici ce que recouvre réellement la réglementation, sans jargon.
L'ASA, un agent de sécurité privée pas tout à fait comme les autres
L'agent de sûreté aéroportuaire (ASA) — que la réglementation appelle aussi agent de sûreté de l'aviation civile (ADS) — est l'agent que tout voyageur croise au portique d'inspection. Sa mission : empêcher l'introduction d'objets prohibés à bord des aéronefs et dans les zones sensibles d'un aéroport. Concrètement, il assure l'inspection-filtrage des passagers et des objets qu'ils transportent, des bagages de cabine et de soute, du fret et du courrier, des approvisionnements de bord, ainsi que les contrôles d'accès aux zones réservées, les rondes et les fouilles de sûreté de véhicules.
C'est une activité de sécurité privée à part entière, encadrée par le livre VI du code de la sécurité intérieure, mais aussi par le code des transports et par le droit européen — le règlement d'exécution (UE) 2015/1998, qui fixe les mesures détaillées de sûreté de l'aviation civile pour toute l'Union. Cette double tutelle, sécurité privée d'un côté et aviation civile de l'autre, explique pourquoi l'ASA a un statut et un parcours de certification bien plus exigeants que ceux d'un agent de surveillance classique.
Le métier relève donc de la même logique de conformité que le reste de la sécurité privée : carte professionnelle, moralité contrôlée, qualifications à jour. Mais il y ajoute une couche purement aéronautique, avec ses propres examens, ses propres durées de validité et… son propre vocabulaire.
Les typologies T1 à T10 : la vraie grille des missions
Tout part de cinq familles de tâches certifiantes définies par le règlement européen. Les « typologies » ne font que les combiner selon le poste tenu.
11.2.3.1 — Personnes & bagages
Inspection-filtrage des personnes, des bagages de cabine, des articles transportés et des bagages de soute. C'est le cœur du métier au poste d'inspection-filtrage (PIF) des passagers.
11.2.3.2 — Fret & courrier
Inspection-filtrage du fret et du courrier acheminés par voie aérienne. Une spécialité distincte, avec ses équipements et ses procédures propres.
11.2.3.3 — Approvisionnements
Inspection-filtrage du courrier et du matériel des transporteurs, des approvisionnements de bord et des fournitures d'aéroport (catering, boutiques, etc.).
11.2.3.4 — Véhicules
Fouille de sûreté des véhicules accédant aux zones de sûreté à accès réglementé, pour prévenir l'introduction d'objets ou de personnes non autorisés.
11.2.3.5 — Accès & patrouilles
Contrôle des accès à l'aéroport, opérations de surveillance et de patrouille dans les zones côté piste et zones réservées.
T7 et T10, les plus courantes
La typologie 7 couvre l'inspection-filtrage des personnes et de tous les bagages. La typologie 10, dite « généraliste », englobe l'ensemble des typologies T1 à T9 — l'agent le plus polyvalent.
« ASRA B & D » : ce que le terrain appelle ainsi, et la réalité réglementaire
Beaucoup d'employeurs et d'agents parlent d'« ASRA » ou d'agents « B et D ». Ces appellations circulent sur les plateformes aéroportuaires et dans les offres d'emploi, mais soyons précis : ce ne sont pas les termes officiels du droit français. Le référentiel réglementaire ne raisonne pas en catégories lettrées (A, B, C, D) mais en typologies numérotées T1 à T10, elles-mêmes adossées aux points 11.2.3.x du règlement (UE) 2015/1998 décrits plus haut.
Que recouvrent alors un « B » et un « D » dans la bouche d'un dirigeant ? En pratique, des postes ou des niveaux de qualification distincts au sein de la sûreté : par exemple, d'un côté l'inspection-filtrage des passagers et bagages de cabine (le PIF), de l'autre le traitement des bagages de soute, du fret ou des approvisionnements — chacun avec ou sans qualification à l'analyse d'images radioscopiques, qui est l'épreuve la plus discriminante de la certification DGAC. Le réflexe à avoir, côté employeur, est de traduire systématiquement ces étiquettes maison dans la grille officielle des typologies : c'est elle, et elle seule, qui dit ce qu'un agent est juridiquement habilité à faire à un poste donné.
Le risque, sinon, est réel : affecter un agent « B » à une tâche relevant en réalité d'une typologie qu'il ne détient pas, c'est s'exposer à un poste non conforme lors d'un contrôle de l'autorité de l'aviation civile. D'où l'intérêt de tracer précisément les qualifications de chaque agent, exactement comme on le fait pour les SSIAP ou les diplômes du secteur.
Le double agrément CNAPS + DGAC, clé de voûte du métier
Devenir ASA suppose de franchir deux portes réglementaires distinctes, qui ne se substituent pas l'une à l'autre.
1. Le volet sécurité privée — le CNAPS. Comme tout agent privé, le futur ASA doit obtenir une autorisation préalable puis une carte professionnelle délivrées par le CNAPS, au titre du livre VI du code de la sécurité intérieure, après une enquête de moralité. Sans cette carte, pas d'exercice possible — c'est le même socle que pour la gestion des cartes professionnelles CNAPS de vos autres agents.
2. Le volet aviation civile — la DGAC. S'ajoute la certification DGAC des agents de sûreté de l'aviation civile, qui atteste la maîtrise des tâches d'inspection-filtrage. Son examen national comprend un questionnaire à choix multiples et, pour les typologies concernées, une épreuve d'analyse de séries d'images radioscopiques. À cela s'ajoute encore l'habilitation d'accès en zone de sûreté à accès réglementé.
Nouveauté importante : la loi n° 2025-379 du 28 avril 2025 relative au renforcement de la sûreté dans les transports a supprimé l'exigence du double agrément du préfet et du procureur de la République qui pesait auparavant sur ces agents (sauf dans certaines collectivités d'outre-mer), afin d'accélérer des recrutements longtemps freinés par la durée des enquêtes. Le socle CNAPS + DGAC, lui, demeure pleinement.
Certification, validité, renouvellement : ce que l'employeur doit suivre
La formation est sanctionnée par un titre à finalité professionnelle (TFP ASA), inscrit au répertoire national des certifications professionnelles, qui valide les procédures de fouille et d'inspection avant embarquement. Mais le vrai sujet d'exploitation, ce sont les échéances qui ne tombent pas en même temps.
Trois compteurs distincts, des typologies à connaître agent par agent : un seul oubli, et c'est un poste tenu par un agent dont la qualification a expiré. La logique est exactement la même que pour planifier des agents qualifiés sur n'importe quel site sensible — il faut savoir, en temps réel, qui peut tenir quel poste.
Recruter et faire monter en compétence ses ASA
La sûreté aéroportuaire est un secteur en tension : les plateformes peinent à recruter et à fidéliser des agents certifiés, d'autant que la qualification à l'imagerie radioscopique est exigeante et que les horaires décalés sont la norme. Pour un employeur, l'enjeu est double : sécuriser le vivier (sourcing, financement des formations, accompagnement vers la certification) et faire progresser les agents en typologies, afin de gagner en polyvalence — un agent T10 généraliste se positionne sur bien plus de postes qu'un agent mono-typologie.
C'est la même mécanique que pour l'ensemble du secteur : anticiper les besoins, suivre les qualifications, planifier sans rupture. Nos guides sur le fait de recruter des agents de sécurité en 2026 et sur la réglementation de la sécurité privée 2026 s'appliquent pleinement à la sûreté aéroportuaire, à la nuance près de la couche aviation civile détaillée ici.
À retenir en cinq points
- L'ASA / ADS est un agent de sécurité privée spécialisé dans l'inspection-filtrage en aéroport, sous double tutelle sécurité privée + aviation civile.
- Les typologies T1 à T10 combinent les tâches certifiantes des points 11.2.3.1 à 11.2.3.5 du règlement (UE) 2015/1998 ; la T7 vise passagers et bagages, la T10 est généraliste.
- « ASRA B & D » sont des appellations d'usage : la réalité réglementaire, ce sont les typologies, qu'il faut savoir traduire poste par poste.
- Le métier exige un double agrément CNAPS + DGAC ; la loi n° 2025-379 a supprimé l'ancien agrément préfet/procureur.
- Trois échéances à suivre — carte CNAPS (5 ans), certification DGAC (3 ans), formation périodique — pour ne jamais tenir un poste avec une qualification expirée.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un agent de sûreté aéroportuaire (ASA) ?
C'est un agent de sécurité privée chargé de l'inspection-filtrage en aéroport : passagers, bagages de cabine et de soute, fret, courrier, approvisionnements de bord, ainsi que contrôle d'accès, rondes et fouille de véhicules. Son cadre est le livre VI du code de la sécurité intérieure, le code des transports et le règlement (UE) 2015/1998.
Que sont les typologies T1 à T10 ?
Des combinaisons de tâches certifiantes issues des points 11.2.3.1 à 11.2.3.5 du règlement (UE) 2015/1998 (personnes/bagages, fret, approvisionnements, véhicules, accès et patrouilles). La typologie 7 couvre passagers et bagages ; la typologie 10, généraliste, englobe les typologies T1 à T9.
Que recouvrent les appellations « B » et « D » ou « ASRA » ?
Ce sont des appellations d'usage du terrain, et non les termes officiels. Le référentiel réglementaire raisonne en typologies numérotées (T1 à T10). Un employeur qui parle d'agents « B et D » désigne en pratique des postes ou qualifications distincts qu'il faut traduire dans la grille des typologies pour savoir précisément ce que chaque agent est habilité à faire.
Quel double agrément faut-il pour exercer ?
Une carte professionnelle CNAPS (livre VI du CSI, enquête de moralité) et une certification DGAC des agents de sûreté de l'aviation civile, plus l'habilitation d'accès en zone réservée. La loi n° 2025-379 a supprimé l'exigence d'agrément du préfet et du procureur, sauf dans certaines collectivités d'outre-mer.
Combien de temps la certification est-elle valable ?
La certification DGAC se renouvelle par examen tous les 3 ans, avec une formation périodique obligatoire (imagerie comprise). La carte professionnelle CNAPS est valable 5 ans, à renouveler plusieurs mois avant l'échéance. Deux compteurs distincts à suivre en permanence.
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